Asthme : une maladie chronique encore mal prise en charge en France

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À l’occasion de la Journée mondiale de l’asthme, les experts du réseau CRISALIS (F-CRIN) tirent la sonnette d’alarme : malgré des avancées majeures ces dernières années, cette maladie chronique reste encore largement sous-estimée et insuffisamment prise en charge en France, avec près de 900 décès par an. L’enjeu est aujourd’hui de mieux former et accompagner les professionnels de santé impliqués, d’améliorer la prévention et de garantir une prise en charge plus homogène sur l’ensemble du territoire.

Une maladie chronique… encore trop souvent banalisée

L’asthme touche entre 6 et 8 % de la population française et est responsable chaque année de 60 000 hospitalisations. Cette pathologie se manifeste par une inflammation des bronches, entraînant des épisodes de gêne respiratoire, de sifflements et de toux, d’intensité variable selon les patients. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas une maladie ponctuelle. Il s’agit d’une maladie inflammatoire chronique qui évolue tout au long de la vie, avec des phases d’accalmie pouvant donner l’illusion d’une guérison, sans que celle-ci ne soit réelle. Dans les faits, cette dimension chronique est encore mal intégrée. L’asthme est trop souvent considéré comme un simple antécédent, et non comme une pathologie nécessitant un suivi régulier et structuré ; une banalisation contribuant à une prise en charge insuffisante et parfois inadaptée.

Des pratiques encore éloignées des recommandations

Les recommandations internationales, notamment celles du Global Initiative for Asthma (GINA), ont profondément fait évoluer la prise en charge de la maladie. Elles insistent sur un changement majeur : les traitements reposant uniquement sur des bronchodilatateurs de courte durée d’action ne sont plus adaptés. Désormais, l’utilisation de corticoïdes inhalés est recommandée, y compris chez les patients présentant des symptômes peu fréquents. Mais ces recommandations restent encore inégalement appliquées, en particulier en médecine de premier recours, faute de temps, de formation ou de connaissance des différents traitements adaptés.

900 décès par an : un chiffre encore inacceptable. Un enjeu clé : mieux informer et coordonner

En France, l’asthme est responsable d’environ 900 décès chaque année, dont une part importante chez les enfants et les adolescents. Ce chiffre est d’autant plus préoccupant que, dans de nombreux cas, ces décès pourraient être évités grâce à un diagnostic précoce, une meilleure observance des traitements et une prise en charge adaptée des exacerbations. Les passages aux urgences pour exacerbation grave restent encore trop fréquents et témoignent des limites actuelles de la prise en charge. A ce titre, le suivi post exacerbation est crucial.

« La prise en charge de l’asthme connaît aujourd’hui une véritable transformation, notamment grâce à l’émergence de traitements biologiques ciblés. Ces thérapies innovantes permettent une approche plus personnalisée, en tenant compte des mécanismes inflammatoires propres à chaque patient. Elles offrent de nouvelles perspectives, en particulier pour les formes sévères de la maladie, longtemps difficiles à contrôler. Malgré ces progrès, l’accès à une prise en charge optimale reste très inégal sur le territoire. Les disparités concernent à la fois l’accès aux spécialistes, comme les pneumologues et les allergologues, et les conditions socio-économiques des patients. Même des patients peu symptomatiques peuvent présenter un risque d’exacerbation grave. L’objectif est donc clair : tendre vers zéro passage aux urgences », explique le Pr Pascal Chanez, pneumologue allergologue à l’AP-HM et membre du réseau CRISALIS

Face à ces constats, l’un des enjeux majeurs consiste à former les différents professionnels de santé impliqués et harmoniser les messages.

« La coordination des acteurs est clairement un levier essentiel d’amélioration. Les patients doivent recevoir un discours cohérent et homogène des différents professionnels impliqués dans leur prise en charge (médecins généralistes, pneumologues, allergologues, pharmaciens), afin d’éviter toute confusion et favoriser leur adhésion au traitement. Chaque consultation médicale devrait être l’occasion de réévaluer le contrôle de l’asthme.Le développement d’outils comme le dossier médical partagé ou l’implication croissante des pharmaciens, notamment dans la vaccination des patients asthmatiques, vont dans ce sens, mais nécessitent encore d’être structurés » poursuit le Pr Arnaud Bourdin, chef du service Pneumologie, Allergologie et Oncologie thoracique au CHU de Montpellier, et membre du réseau CRISALIS.

Prévenir plutôt que guérir

Les experts du réseau national « CRISALIS », labellisé F-CRIN, rappellent que la prise en charge de l’asthme doit s’inscrire dans une approche globale du patient, intégrant les dimensions environnementales et comportementales. Les expositions aux allergènes, la pollution, mais aussi les habitudes de vie telles que le tabagisme, le vapotage ou encore l’alimentation jouent un rôle déterminant. L’activité physique est également encouragée, à condition qu’elle soit adaptée et vécue de manière positive, comme un élément de qualité de vie et non comme une contrainte.

Les outils numériques et les applications de suivi peuvent contribuer à améliorer l’observance, à condition d’être adaptés aux usages et aux attentes des patients. Dans ce contexte, certaines solutions d’intelligence artificielle capables de faciliter l’accès aux recommandations scientifiques pour les professionnels de santé, pourraient également jouer un rôle croissant dans les années à venir. 

Au-delà des traitements, la recherche s’oriente de plus en plus vers la prévention. Les travaux actuels explorent notamment l’impact de l’environnement dès les premières étapes de la vie, y compris pendant la grossesse. L’objectif est de mieux comprendre les interactions entre facteurs génétiques et environnementaux afin de limiter l’apparition et l’aggravation de la maladie.

Des rendez-vous majeurs

Pour en savoir plus sur toutes les actualités sur l’asthme, un rendez-vous pour les professionnels de santé avec les plus grands experts mondiaux, accessible en ligne aura lieu à l’occasion de la journée mondiale le 5 mai :  une table Ronde de l’ERS / Respiratory channel de 17h à 18h. Inscription : ICI (payant pour les non-membres de l’ERS). 

Des initiatives de sensibilisation aux enjeux de la santé respiratoire, destinées au grand public et soutenues par la Fondation du Souffle, sont également déployées tout au long de l’année, avec un temps fort le 5 mai et durant l’ensemble du mois dans de nombreux établissements de soins.

CRISALIS (Clinical Research Initiative in Severe Asthma : a Lever for Innovation & Science), est un réseau français dynamique dédié à la recherche clinique dans l’asthme sévère, constitué de 16 centres membres  – les CHU de Bichat (Paris) et Lyon (centres coordonnateurs), les CHU de Besançon, Bicêtre (Paris), Bordeaux, Dijon, Grenoble, Lille, Marseille, Montpellier, Nantes, Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), Reims, Strasbourg et Toulouse, ainsi que l’hôpital Foch (Suresnes) – et 25 centres partenaires (centres hospitaliers, cliniques, pneumologues libéraux) partout en France. Regroupant des professionnels français de l'asthme sévère, des cliniciens, des chercheurs et membres des sociétés savantes française (Société de Pneumologie de Langue Française, SPLF) et européenne (European Respiratory Society,ERS), CRISALIS œuvre depuis 2018 pour la concrétisation de projets nationaux et internationaux, ainsi qu’une meilleure prise en charge des patients souffrant d’asthme sévère. Le réseau a pour vocation de favoriser l’émergence de projets de recherche académiques et industriels afin d’améliorer le diagnostic et les stratégies thérapeutiques et d’accroître la visibilité internationale de la recherche française dans le domaine de l’asthme sévère. Pour plus d’informations : https://www.crisalis-network.org/ 

Mise en place en 2012, F-CRIN (French Clinical Research Infrastructure Network) est une plateforme nationale dédiée au développement de la recherche clinique française. Elle est portée par l’Inserm en association avec les hôpitaux, les industriels en santé et les universités, et soutenue par l’Agence nationale de la Recherche et le ministère de la Santé. Sa mission est de fédérer les acteurs de la recherche clinique pour renforcer la compétitivité et l’attractivité de la recherche française à l’international, développer l’expertise des professionnels en mutualisant savoir-faire, ressources et moyens et, ainsi, accélérer l’appropriation de nouvelles pratiques et le développement de nouvelles solutions thérapeutiques. Aujourd’hui, F-CRIN repose sur un modèle fédératif structuré autour de 28 composantes : 26 réseaux thématiques de recherche et d’investigation clinique, une plateforme multiservices de pointe à disposition des promoteurs et investigateurs pour accompagner leurs essais, et une unité de coordination nationale, siège de l’infrastructure, installée à Toulouse. Forte de plus de 2 000 professionnels unissant leurs expertises et leurs moyens, F-CRIN constitue également l’interface française du réseau européen de recherche clinique ECRIN pour favoriser la participation des équipes et centres français aux essais cliniques multinationaux. Pour plus d’informations : https://www.fcrin.org

Contact Presse : EVE’VOTREDIRCOM - 06 62 46 84 82 - servicepresse@votredircom.fr

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Updated on 20 April 2026