Grands prématurés : le paracétamol aide le cœur des plus fragiles, mais sans modifier leur pronostic global

Actualité

Une vaste étude clinique européenne, menée auprès de 800 très grands et extrêmes prématurés, hospitalisés dans 14 pays européens, est publiée aujourd’hui dans le prestigieux JAMA Pediatrics : l’étude TREOCAPA, promue par l’Inserm. Cette étude apporte un éclairage nouveau sur l’utilisation précoce du paracétamol en néonatologie. Coordonnée par le réseau d’investigation clinique pédiatrique PedStart (labellisé F-CRIN), et conduite dans le cadre du programme européen conect4children (C4C), TREOCAPA montre que l’administration précoce de paracétamol favorise la fermeture du canal artériel chez les nouveau-nés les plus vulnérables mais n’augmente pas la survie sans complications néonatales sévères.

Premature newborn baby girl

Une question clinique majeure en néonatalogie

Chaque année en Europe, des dizaines de milliers d’enfants naissent extrêmement prématurés (entre 23 à 28 semaines de grossesse, pesant de 400 à 1200g). Chez ces nouveau-nés extrêmement fragiles, le canal artériel, un petit vaisseau sanguin au niveau du cœur indispensable pendant la vie fœtale, peut rester ouvert après la naissance. Cette situation, appelée canal artériel persistant, est fréquente chez les plus immatures et entraîne souvent des complications cardiaques, respiratoires, digestives et neurologiques. Bien que des traitements existent, ils exposent ces nourrissons à des effets secondaires, notamment aux niveaux rénal et digestif. C’est pourquoi le paracétamol, déjà utilisé en néonatologie pour traiter la douleur, est apparu ces dernières années comme une alternative potentiellement mieux tolérée. C'est pour valider scientifiquement cette piste que l'étude TREOCAPA a été mise en place à l'échelle internationale.

TREOCAPA : une étude européenne de grande ampleur

Coordonné par le Pr Jean-Christophe Rozé, membre du réseau PedStart et professeur émérite à Nantes Université, l’essai TREOCAPA, promu par l’Inserm, a suivi 778 nourrissons (403 garçons et 375 filles), nés très prématurément entre 23 et 28 semaines de grossesse au sein de 43 services de réanimation néonatale répartis dans 14 pays européens. Dès les premières heures de vie, les nouveau-nés ont reçu soit du paracétamol en perfusion pendant cinq jours, soit un placebo. L'étude livre des résultats majeurs pour la prise en charge des nouveau-nés :

  • l’essai montre que le paracétamol favorise la fermeture du canal artériel même chez les plus immatures, 
  • mais qu’il a un faible impact sur le pronostic global : à 36 semaines, la survie sans morbidité concernait 66,2 % des bébés traités par paracétamol, contre 63,6 % dans le groupe placebo, mais la différence n’était pas significative.

Aucun bénéfice pour les bébés les plus matures, nés entre 27 et 28 semaines de grossesse.

Cette étude montre qu’il n’y a pas de bénéfice à fermer précocement le canal artériel chez ces prématurés mettant fin à un débat sur la prise en charge du canal artériel : traiter ou ne pas traiter.

Une tendance à un bénéfice pour les bébés les plus immatures et pour les filles

L’étude montre, pour les bébés nés entre 23 et 26 semaines traités par paracétamol, une amélioration de 5 % de la survie sans morbidité chez les garçons, contre 8 % chez les filles. Si ce résultat n’atteint pas le seuil de significativité statistique, il soulève des questions importantes sur les différences biologiques entre filles et garçons dès les premiers jours de vie, et sur la possibilité d’approches thérapeutiques personnalisées.

Un profil de sécurité globalement rassurant, avec un signal à explorer

Le paracétamol apparaît globalement sûr dans cette indication. Néanmoins, l’étude met en évidence un nombre plus élevé de cas de cholestase, un trouble hépatique pouvant entraîner une jaunisse, chez les nourrissons traités. Ces événements étaient le plus souvent sans gravité, mais nécessitent des investigations complémentaires et rappellent l’importance d’une surveillance attentive. 

Fait notable, 60 % des familles sollicitées ont accepté de participer à l’essai, un taux exceptionnel dans un contexte aussi sensible. Les représentants européens de parents, notamment via la Global Foundation for the Care of Newborn Infants (GFCNI), ont été associés dès la conception du protocole. Cette collaboration a contribué à renforcer l’acceptabilité et la qualité méthodologique du projet.

Au-delà de ses résultats cliniques, TREOCAPA illustre la capacité des réseaux structurés de recherche à conduire des essais académiques internationaux dans des populations extrêmement vulnérables. L’implication du réseau national de recherche clinique pédiatrique PedStart a été déterminante pour l’obtention du financement européen dans le cadre du programme conect4children (C4C), dédié à la recherche sur le médicament en pédiatrie en Europe, la coordination de l’essai et la participation des centres d’investigation clinique pédiatriques et équipes qui ont participé à l’essai en France et en Europe.

Labellisé F-CRIN, coordonné par les Professeurs Régis HANKARD (CHRU d’Orléans) et Frédéric GOTTRAND (CHU de Lille), PedStart est un réseau national d’excellence de recherche clinique en pédiatrie, répondant à la nécessité de promouvoir la recherche clinique chez l'enfant au niveau international. Ce réseau dédié à la recherche clinique pédiatrique regroupe toutes les spécialités et concerne tous les âges de l’enfance, des prématurés aux adolescents. Point de contact en France pour les investigateurs et promoteurs d'essais cliniques pédiatriques, PedStart est la porte d’entrée en France d’un réseau de recherche clinique pédiatrique européen, Conect4Children, qui regroupe 43 partenaires académiques et industriels issus de 19 pays différents. 

Pour plus d’informations : https://www.pedstart.org/fr  et https://conect4children.org/

Mise en place en 2012, F-CRIN (French Clinical Research Infrastructure Network) est une plateforme nationale dédiée au développement de la recherche clinique française. Elle est portée par l’Inserm en association avec les hôpitaux, les industriels en santé et les universités, et soutenue par l’Agence nationale de la Recherche et le ministère de la Santé. Sa mission est de fédérer les acteurs de la recherche clinique pour renforcer la compétitivité et l’attractivité de la recherche française à l’international, développer l’expertise des professionnels en mutualisant savoir-faire, ressources et moyens et, ainsi, accélérer l’appropriation de nouvelles pratiques et le développement de nouvelles solutions thérapeutiques. « Fédérer pour exceller et innover » est l’ambition et la devise de F-CRIN. Aujourd’hui, F-CRIN repose sur un modèle fédératif structuré autour de 28 composantes : 26 réseaux thématiques de recherche et d’investigation clinique, une plateforme multiservices à disposition des promoteurs et investigateurs pour accompagner leurs essais, et une unité de coordination nationale, siège de l’infrastructure, installée à Toulouse. Forte de plus de 2 000 professionnels unissant leurs expertises et leurs moyens, F-CRIN constitue également l’interface française du réseau européen de recherche clinique ECRIN pour favoriser la participation des équipes et centres français aux essais cliniques multinationaux.

Pour plus d’informations : https://www.fcrin.org

Contact Presse : EVE’VOTREDIRCOM - 06 62 46 84 82 - servicepresse@votredircom.fr

Partager

Mis à jour le 17 février 2026