Après une première phase consacrée à l'identification des nouvelles approches méthodologiques en recherche clinique et à l'élaboration de recommandations, la mission conjointe AIS x F-CRIN est entrée dans une nouvelle étape : la démonstration de leur valeur à travers des projets de recherche concrets.
Dans ce cadre, l'Agence Nationale de la Recherche (ANR), en tant qu’opérateur de la démarche avec le soutien de l’AIS et un financement France 2030, a lancé en avril 2025 un appel à manifestation d'intérêt (AMI) visant à sélectionner des cas pilotes utilisant des méthodologies innovantes de recherche clinique.
L'objectif est de produire dans un délai de 24 mois des preuves scientifiques et méthodologiques permettant de faciliter l'appropriation de ces nouvelles approches par l'ensemble de l'écosystème de la recherche clinique et des autorités de régulation.
Évaluer les nouvelles méthodologies de recherche clinique en conditions réelles
Les projets doivent démontrer la valeur de méthodologies complémentaires ou alternatives aux essais randomisés contrôlés, notamment lorsque ces derniers sont difficiles à mettre en œuvre, par exemple dans les maladies rares, la pédiatrie ou certaines pathologies à faible effectif.
Trois grandes catégories d'approches étaient ciblées :
- Modélisation et simulation : bras virtuels, données synthétiques, enrichissement de données de santé, modèles in silico ;
- Méthodes statistiques avancées : intelligence artificielle, machine learning, méthodes innovantes d'analyse statistique, validation de critères de substitution ;
- Études en vie réelle : émulation d'essais, utilisation de cohortes, registres ou entrepôts de données afin de renforcer le niveau de preuve.
Au-delà de la démonstration scientifique, ce dispositif doit également permettre d'identifier les conditions méthodologiques, réglementaires et organisationnelles nécessaires à l'intégration de ces approches dans les futurs essais cliniques.
Pour en savoir plus : Lien vers le communiqué de presse de lancement de l’appel à manifestation d’intérêt
Les lauréats
L'appel a rencontré un fort intérêt auprès de la communauté scientifique avec 51 lettres d'intention déposées. Ces projets couvrent de nombreux domaines thérapeutiques : oncologie, hématologie, maladies rares, cardiologie, immunologie et allergologie, orthopédie.
À l'issue de l'évaluation, 16 projets pilotes ont été retenus pour un financement global de plus de 3 millions d'euros, avec une aide pouvant atteindre 250 000 € par projet. La durée maximale de chaque projet est de 24 mois.
Ils mobilisent des méthodologies variées telles que l'intelligence artificielle, les données synthétiques, les bras de contrôle virtuels, les simulations in silico ou encore les données de vie réelle :
- Projet ETNA-DCT, porté par Unicancer : « Validation méthodologique d’un essai de désescalade décentralisé pour le cancer du sein triple négatif précoce avec TIL (lymphocytes infiltrant les tumeurs) élevés ».
- Projet NEG-CoNTRoL porté par le Centre Léon Bérard : renforcement du niveau de preuve des émulations d’essais cibles grâce à des contrôles négatifs, appliqué au cancer du sein métastatique.
- Projet ACCESS-RARE porté par l’Institut Gustave Roussy : méthodologies innovantes pour évaluer l’immunothérapie et améliorer l’accès aux traitements dans les cancers rares, avec une application au cancer de la thyroïde.
- Projet ADIUVO-Speed porté par l’Institut Gustave Roussy : combinaison d’une cohorte parallèle et d’un bras synthétique dans les essais randomisés pour les cancers rares de la surrénale.
- Projet LOGICAN-BOOST porté par Unicancer : accélération de l’inclusion par intelligence artificielle et décentralisation contrôlée d’un essai clinique dans les cancers gastro-œsophagiens avancés.
- Projet EXCORD–SM porté par l’Institut Curie : nouvelles méthodes statistiques pour les cohortes externes dans les essais thérapeutiques en maladies rares, appliquées au mélanome uvéal.
- Projet SMART porté par l’Inserm : construction de bras synthétiques en oncologie digestive, en apprenant des études de cas de cancers neuroendocrines métastatiques.
- Projet 3AD-Design porté par Unicancer : utilisation de données artificielles pour augmenter les essais cliniques contrôlés en oncologie et évaluer leur impact et niveau de preuve.
- Projet PREVLOG porté par le CHU d’Angers : réinvention du suivi préventif en oncologie pédiatrique avec LOG-after et des simulations de jumeaux numériques.
- Projet SYNERGY porté par le LYSARC : création de bras synthétiques en hématologie à partir de données en vie réelle sur les lymphomes.
- Projet INVENTS+ porté par l’Inserm : méthodes de simulation et modélisation pour créer des contrôles virtuels et augmentés dans les essais cliniques à petits effectifs en maladies rares.
- Projet SILICO porté par l’Institut IMAGINE : utilisation de méthodes in silico pour augmenter les données sur les maladies rares, avec un cas d’usage dans les ciliopathies.
- Projet HEART-AI3D porté par Sorbonne Université : caractérisation par intelligence artificielle de la cardiomyopathie arythmogène via scanner dynamique, pour une évaluation personnalisée du risque (anatomie, strain et graisse 3D).
- Projet CAMELIA porté par l’INRIA : développement d’alternatives causales à la méta-analyse, appliquées à l’immunologie et à l’allergologie.
- Projet TWINICAL porté par Sorbonne Université : développement de cohortes de patients mixtes (physiques et numériques) pour l’analyse clinique de prothèses d’épaules.
- Projet DANTE porté par la Filière Intelligence Artificielle et Cancer : utilisation de données d’accès précoces normalisées, suivies par un traitement automatisé du langage, pour leur évaluation.
Pour en savoir plus : Lien vers le communiqué de presse d’annonce des lauréats
Un accompagnement méthodologique et réglementaire
Les projets sélectionnés bénéficient désormais d'un accompagnement associant plusieurs acteurs nationaux afin de faciliter leur mise en œuvre et d'évaluer les éventuels freins scientifiques ou réglementaires.
Ils sont notamment accompagnés par :
- l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) ;
- la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) ;
- la Plateforme des Données de Santé ;
- des experts méthodologistes.
Le suivi scientifique des cas pilotes est assuré dans le cadre de la mission AIS x F-CRIN afin d'évaluer le niveau de preuve apporté par ces nouvelles méthodologies, d'identifier les conditions de recours, les facteurs de succès et de contribuer à leur diffusion dans la recherche clinique.
Les résultats des projets feront l’objet d’un rapport de synthèse.
Contact
Vous souhaitez contacter la mission conjointe AIS x F-CRIN ? Rendez-vous sur notre formulaire de contact ou n’hésitez pas à nous envoyer un mail à contact.fcrin@inserm.fr
